Tous les mollusques sont susceptibles de produire des perles puisque le processus naturel de sécrétion nacrière est un moyen de défense de l’animal, suite à l’intrusion d’un corps étranger (grain de sable ou dernier stade larvaire d’un ver parasitaire). Une perle fine (ou naturelle) est donc le plus élégant système de défense conçu par une espèce vivante. Mais parmi ces mollusques, la sécrétion nacrière des Bivalve Pteriidae (coquille en forme d’ailes) est de type aragonite, c’est à dire que ses cristaux ont une structure régulière en espalier alors que d’autres mollusques ont une sécrétion de type calcite avec des dispositions irrégulières de ses cristaux et qui ne permettent pas, entre autre, l’éclat tant renommé des Perles de culture.
Par définition, la différence entre une perle naturelle et une perle de culture, provient de leurs origines. Une perle naturelle aura une origine naturelle alors que la perle de culture induit une intervention humaine à son origine.

Perle naturelle - perle de culture

Les huîtres perlières sont plus couramment appelées « nacres » en Polynésie Française. Le mot « nacre » tire son nom du mot persan « nakkar » qui signifie : ornement chatoyant.

Il existe différents mollusques utilisés en perliculture, mais la perle de culture de Tahiti appartenant aux perles dites « d’eau de mer » provient d’une famille particulière de Pteriidae, les Pintadines. Cette appellation provient de la couleur « pintade » de leurs coquilles extérieures. En 1827, un scientifique anglais du nom de Hugh Cuming, découvre une variété endémique à la Polynésie et décide de lui donner son nom. Ainsi le nom complet de la nacre qui produit ces perles aux milles couleurs naturelles est la Pinctada Margaritifera de variété Cumingii.

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Pinctada Margaritifera (Indo-pacifique/ du golfe persique au golfe de Californie) ou huîtres aux lèvres noires : produit les « perles de culture de Tahiti » ou « perles de culture noires ».

Les informations relatives à la perliculture omettent quelquefois de présenter une étape cruciale en Polynésie, la nacriculture. En effet, en 2012, l’on dénombrait 463 fermes perlières aussi il n’était pas concevable d’utiliser des nacres naturelles.

Aussi, avant de procéder à la culture d’une perle, il est nécessaire d’attendre que la nacre qui recevra la greffe, ait une taille suffisante, soit environ 8-10 cm soit 2,5 ans – 3 ans. A chaque changement de saison le perliculteur placera des ombrières pour récolter les larves, puis à 6 mois, il procédera à l’opération de détroquage pour récolter les naissains qui deviendront les écrins de ces futurs perles aux couleurs naturelles.

La greffe consiste à insérer dans l’huître, un greffon et un corps étranger afin de constituer une Perle de culture. Cette opération nécessite une concession maritime adéquate (une qualité des eaux du lagon), une nacre donneuse, une nacre receveuse, un nucleus et un greffeur. Sur les centaines d’îles et atolls en Polynésie, seulement 27 sont consacrés à la perliculture :

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– La concession maritime : – ne doit pas observer de trop grandes variations de températures au long de l’année, entre 18 et 25 degrés celsius. Présente un courant marin entrant et sortant pour une bonne oxygénation des eaux. Est riche en phytoplancton et donc en sels minéraux (fers…).
Les licences de concessions maritimes sont soumises à l’approbation de la Direction des Ressources Marines et Minières.

– Une nacre donneuse : Elle se nomme ainsi car le greffon nécessaire à la greffe provient de la découpe du manteau (la partie brune à l’extrémité de l’animal) de cette huître. Elle est de sexe mâle et environ 2 ans. Les laboratoires ont déterminé que la qualité d’une perle est surtout influencée par la propreté du greffon, c’est pourquoi cette opération de découpe du manteau se pratique dans un lieu aseptisé et accessible uniquement au personnel spécialisé. La zone de découpe du greffon est bien délimitée : elle correspond à la zone de nacre colorée et irisée du bord de la coquille. Le greffon utilisé aura une taille de 5 mm environ.
Ainsi, les caractéristiques de la future perle correspondront essentiellement aux spécificités (et notamment la couleur) du greffon inséré dans la nacre receveuse.

– Une nacre receveuse : Elle doit être saine et en bonne condition. Pour le vérifier, le greffeur va légèrement sensibiliser le manteau de la nacre. Si celui-ci se rétracte, c’est qu’elle est en bonne santé. Elle est de sexe femelle donc plus de 2 ans et demi, présente une poche perlière large et va recevoir les éléments nécessaires à la greffe.

– le nucleus : Le nucleus est obtenu à partir d’un bivalve d’eau douce du Mississipi (le legumia recta ou muscle river shell ) constitué de carbonate de calcium et permet un résultat de maintien en greffe de l’ordre de 70%. Il sera taillé, coupé et arrondi pour faciliter l’opération. La taille du nucleus déterminera la taille de la future perle. De nos jours, la majorité des nucleus sont fabriqués en Chine

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– Le greffeur : Pendant des décennies la majorité des greffeurs étaient essentiellement japonais. De nos jours, le développement de la perle en chine a professionnalisé cette activité et de nombreuses fermes polynésiennes emploient des greffeurs chinois. En 1991, le gouvernement Polynésien a ouvert une école de greffe à Rangiroa pour former les jeunes Polynésiens.Il faut savoir que pour détenir une bonne technique de greffe il faut disposer de 10 à 15000 nacres, et au moins 2 à 3 ans d’expérience. Un bon greffeur a un rendement de 45% – 55 % de nacres greffées. Les meilleurs rendements oscillent aux alentours de 60%.

Aujourd’hui, l’opération de greffe se déroule de la façon suivante :
– placer une nacre receveuse sur l’étau, légèrement entre-ouverte grâce à un morceau de bois inséré près du muscle adducteur,
– découpe du manteau de la nacre donneuse en petite section, chaque section est appelée le greffon,
– choix de la taille du nucleus
– inciser la poche perlière située à la base du pied et introduire le nucléus puis le greffon.
– ôter le morceau de bois et replacer la nacre greffée dans un bac d’eau de mer.

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Au bout de 45 jours, on procèdera à un contrôle de la greffe pour s’assurer du % de réussite.

Pendant les 18 à 24 mois d’attente, le greffeur remontera régulièrement les nacres greffées des lignes afin de les débarrasser des parasites et faciliter la sécrétion nacrière. Pendant ce délai, les cellules du greffon vont fusionner avec les cellules de la poche perlière et se multiplier. Ces cellules épithéliales vont former un sac perlier et au bout de 30 jours environ la totalité du nucleus sera recouvert. Ce délai est obligatoire car seule la perle de culture de Tahiti est soumise à un contrôle de qualité avant son exportation.

Si au bout de 18 à 24 mois, après avoir récolté la première perle, la nacre est toujours en bonne santé et a produit une perle de qualité, on procédera à une autre greffe en utilisant un nucleus de taille égale à la perle récoltée. Les perles de surgreffes sont donc issues d’une nacre greffée à deux reprises. Leur couche de nacre est identique à celle de première greffe.La surgreffe se différencie de la greffe par le fait que l’on y insère seulement un nucléus de taille égale à la perle récoltée, les cellules épithéliales du greffon sont toujours présentes dans le sac perlier.
Le maximum de greffes subies par une nacre est de trois. Mais ce cas de figure est très exceptionnel puisqu’il connaît un taux de mortalité et de rejet accru. Toutefois, quelques fermes perlières à forte production assurent une quatrième greffe…

Ainsi, une perle de 15 mm a nécessité 9 ans de travail : Pendant les 3 premières années le producteur élève l’huître receveuse, puis réalise la première greffe : 18 à 24 mois ; suivent ensuite les surgreffes respectives : 2 x 18 à 24 mois.

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